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Le 21 fév. 2012: le Pech de Bugarach (Aude), boucle anti-horaire (sens conseillé sur le plan sécurité) de 14 Km. et 830 m. de dénivelé cumulé. Niveau: passages d'escalade à la portée de tous (niveau 1 à 2 inf.) mais vertigineux et risqués s'il y a de la neige - ce qui fut le cas. Superbe randonnée à ne pas sous-estimer en hiver !

La fin du monde, annoncée pour le 21 Décembre 2012 devant trouver son échappatoire au pech de Bugarach, l'ACCM se devait d'une visite au rocher !...

...afin d'en tirer profit:

 


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Tremblez !...

http://www.sudouest.fr/2011/12/21/la-fin-du-monde-sauf-a-bugarach-586965-4625.php

http://www.ladepeche.fr/article/2010/12/31/980685-bugarach-le-village-qui-resistera-a-la-fin-du-monde.html

http://www.youtube.com/watch?v=AxIqMQf2MP4

 



 

Note: 9,2/10

L'auteur de ce blog décline toute responsabilité quant aux éventuels accidents survenus avant, pendant et après la lecture de ce récit ... comme à tout dècès survenu le 21 décembre 2012 !

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 Le pech au départ du sentier cathare

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 Larmes pétrifiées d'adepte déçu

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 Point de repère crucial, à atteindre sur le parcours, la "Fenêtre" est visible (CTRL+)

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 Montagnes Pyrénées

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 Si la "Fenêtre" n'est qu'un modeste orifice dans le rocher, son repérage (facile) est indispensable: Ne pas l'emprunter mais la contourner par l'épaule visible sur la gauche (passage aérien sans difficulté - à effectuer prudemment)

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R.

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 Fénes-trou (pour les occitanophones)

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 Le géant de pierre, adossé à la montagne, contemple....etc....

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R & M

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Vers l'est

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Vers le nord-ouest

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 Vers le sud

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Offrande votive, commémoration...? - fleur artificielle fichée en terre au sommet

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 Neige gelée sur le retour dans le bois de buis.

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 Bugarach

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Au centre: le géant de pierre vu de face

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Signes irréfutables de présence extra-terrestre sur le linteau (CTRL+)

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 Rendez-vous le 21 décembre pour tous ceux qui veulent être sauvés - les autres peuvent rester chez eux !

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L'auteur de ce blog décline toute responsabilité quant aux éventuels accidents survenus avant, pendant et après la lecture de ce récit ... comme à tout dècès survenu le 21 décembre !

JCP

  


                                                                                                   

La vérité sur le rocher, par JCP:

Le Peuple de Buchigarat




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                                             Comme tous les étés, Sylvain se retrouvait dans la même mansarde aux papiers peints défraîchis, assis au bord du même lit de fer, un illustré à la main, à tuer un temps oisif et coriace qui ne se lassait pas de s’étirer. Pourtant, ici, nul ne semblait se soucier de cette calamité, et tous vaquaient à leurs occupations, sans même évoquer l’incroyable langueur dans laquelle était plongé le temps. De cela, il parlait de temps à autre à ses parents, peu compréhensifs, qui finissaient toujours par lui recommander la lecture et les promenades au village, ou bien l’ascension du mont de Buchigarat, passe-temps d’autant prisé ici qu’il n’y avait rien d’autre à y faire.
Sylvain semblait être le seul à connaître la vraie mesure du temps dans ce vieil hôtel où, inlassables, ses parents réservaient chaque année les mêmes deux chambres, avec vue sur le mont, misérable rocher dénudé dont certains, expressément venus de loin, faisaient grand cas.

Bien sûr, les premières années, il avait été contraint à l’ascension du rocher - éreintante sous la chaleur de cette région du sud de la France - mais, l’âge venu de refuser en adulte, il préférait observer seul la coulée du temps, et défier l’ennui, pesant soit-il, dans sa chambre, les fenêtres grandes ouvertes ou sur la terrasse de l’hôtel, au soleil, se riant des randonneurs imbéciles qui empruntaient, parfois en longues files animées, le chemin tout proche, dûment piqueté, qui passait en bordure du torrent berceur de ses nuits.

Au fil des ans, il avait acquis une haine tenace – et du rocher – et de ceux qui le gravissaient car, s’il admettait le prestige alpiniste des hautes cimes, la prouesse des cordées défiant les crevasses, il n’avait que mépris pour l’exploit au rabais, en short, chapeau blanc et « tennis » aux pieds, ayant pour but suprême ce caillou poussiéreux aux tristes pentes ; et ce d’autant que nombre de parents, très concernés, parvenaient à y hisser de force leur progéniture, fait des plus dévalorisants pour qui, adulte, atteignait son sommet essoufflé. Aussi, on ne le verrait plus jamais au rocher, lui !

Mais il est parfois, tapies tout au fond des haines tenaces, des penchants d’affection toujours en sommeil, et qui ne demandent qu’à grandir et se démasquer de quelque stimulation nouvelle.
Sylvain eut ainsi un songe des plus troublants, qui lui fit voir la montagne haïe comme un Eden : le bonheur y allait de soi, on ne faisait là rien d’autre que se distraire joyeusement et sans souci, la montagne elle-même pourvoyant nourriture intarissable et logis, sous une température toujours douce et, fait qui le toucha vivement, par un prodige naturel, l’écoulement du temps ne s’y faisait pas - et l’ennui n’y était pas connu.
Il sortit haletant et défait de ce songe : disait-il vrai ? –  qui sait si cette multitude affluant ici n’avait connaissance, sans en répandre la nouvelle, de ce miracle local ? - ce mouvement d’importance, soulevant tant de poussière au chemin, ne se bornerait-il pas à cette seule marche stupide et sans but ?

Il passa le reste de la journée en réflexion. Et voici que le rêve s’insinuait à nouveau dans la nuit qui vint, précisant plus loin encore combien sereine et attachante était la vie, là haut, près du rocher.
C’est ainsi qu’on le vit, dès le lendemain, mettant à profit l’absence parentale, bourrer prestement son sac à dos – qui, trop longtemps relégué sur cette armoire poussiéreuse, fut surpris d’un tel regain -, du nécessaire à une « Expédition de reconnaissance, contrainte de faire route vers le triste pic de Buchigarat – pour des raisons supérieures ».
Il déclara, se retirant dans sa chambre dès la fin du dîner, vouloir se coucher tôt afin de s’absenter le lendemain de très bonne heure, pour une promenade au mont « puisqu’il n’y avait rien de mieux à faire dans ce fichu pays ». Il reçut l’approbation paternelle enthousiaste, bien que teintée de surprise - et de l’inévitable mise en garde sécuritaire, qu’il essuya telle une averse passagère.

On put ainsi le voir, emprunter dès l’aube, l’allure résolue aux enjambées déjà grandes, le chemin qui remonte la rive gauche du torrent, en direction du sommet, arborant à peine contrit tous les attributs du randonneur. D’un naturel peu sportif, il dut bientôt ralentir son rythme effréné, et régler sa respiration dans la pente déjà raide de cette prairie, où les nuées de fleurs odorantes, qu’il piétinait parmi l’herbe haute, disaient déjà la réussite de son entreprise.
Le souffle revenu, il aborda sans ralentir les premiers escarpements, et déjà, tout en bas, la vision du village de Buchigarat où ne s’agitaient plus que des fourmis, rehaussait son humeur d’une fierté qu’il ne se connaissait pas.
Il abordait « la faille », passage rocheux délicat où l’on devait veiller à soi-même, lorsqu’une rafale de vent soudaine le repoussa en arrière ; déséquilibré, il ne put que se poser sur son séant, hélas, les fins graviers recouvrant la roche lisse et pentue l’emportaient dans une glissade à l’allure croissante, qu’il ne pouvait déjà plus contrôler, sa tête heurta la falaise, et il disparut, inconscient, à travers la végétation dense des genévriers rabougris peuplant l’ouverture de la faille, pour s’écraser tout au fond, sur un sol plus terreux.

Il demeura là un temps qu’il ne sut évaluer et, revenant à lui, commotionné, endolori et s’asseyant avec peine, il dut constater deux blessures, sanguinolentes mais peu profondes, l’une au coude l’autre au genou, ainsi qu’une multitude d’égratignures, provoquées sans doute par ces arbustes piquants et coriaces. Tout bien pesé, une telle chute ne se soldant que par quelques blessures de cour d’école – Sylvain se dit que la chance lui avait souri.
Des taches de lumière pâle oscillaient sur le sol de terre meuble, au gré du vent dans les branchages qu’il apercevait au dessus de lui, qu’il avait traversés, et qu’il remerciait d’avoir bien voulu amortir un peu sa chute.
Remonter par ces parois abruptes à mains nues n’était pas envisageable. Il suivit sans autre choix la faille qui se prolongeait sous le rocher, dont les parois se rejoignaient déjà en un plafond, et dans une obscurité accrue. Il se guidait de la main droite qu’il laissait effleurer la paroi, lorsque son pied heurta ce qu’il aurait pris ailleurs pour un trottoir, sur lequel il prit pied et s’arrêta un moment. Accoutumé à l’obscurité, il se vit sur une grande dalle, noirâtre, lisse et étincelante comme un miroir malgré les ténèbres. Quelques chauves souris, dérangées, s’envolèrent, silencieuses, effleurant son visage dans le noir – un frisson parcourut son dos.

Ne sachant évaluer la matière de cette étrange roche, il la frappait du talon lorsqu’il ressentit une vibration sourde : soudainement ramollie, elle se creusait et l’entraînait dans sa pâte fluide – il eût à peine le temps de pousser un cri, qu’il était intimement lié à son épaisse masse noire et perdait connaissance !...

La tempe gauche ensanglantée, pantalon déchiré et montre brisée, il ouvrit péniblement les yeux sous un éclairage blafard, vaguement bleuté ; couché sur le dos, il apercevait, à plusieurs mètres de haut, un plafond voûté taillé dans la roche. Reprenant ses esprits, il sut vite qu’il se trouvait sur un ballast ferroviaire, dont il sentait un des rails lui meurtrir le dos ; pire, ce rail, parcouru de vibrations à l’ampleur croissante, annonçait la venue d’un train ! Galvanisé par le terrible grondement qui enflait à une vitesse folle, il lui fallut à peine quelques secondes pour, d’une roulade sur le gravier, échapper au bolide qui s’éloignait déjà, dans des hurlements décroissants d’avalanche métallique.
Deux chutes en quelques minutes et toujours indemne, il ne sut en ces lieux étranges quels dieux remercier...
Ses esprits rassemblés, il épongea ses blessures de son mouchoir, puis acheva de déchirer un morceau de pantalon qui pendait, inutile, autour de son mollet. Hormis un violent mal de tête, les plaies ne paraissaient pas inquiétantes. Son sang, qui fourmillait dans ses veines et affluait en torrents à ses tempes, accroissait encore sa douleur, qui le lancinait au rythme accéléré de son cœur.

Le rêve disait-il vrai ? – Une vie autre prospérait-elle sous le rocher ? – Quel était ce train qui empruntait ce tunnel sous le rocher, quelle était cette voie ferrée dont on ne parlait pas dans la région, d’où venait-elle, où menait-elle ?
Des deux directions possibles, il résolut de suivre celle prise par le train, qui devait bien quitter ce tunnel, quelque part, au grand jour ; il chemina un bon moment sur la voie et, ne sachant s’il devait se louer ou non de son ascension téméraire, il ressentit les effluves lents d’un air plus chaud qui venait à lui, et discernait tout au loin une zone à l’éclairage plus vif, où des silhouettes d’apparence humaine se mouvaient.

Pressant le pas, il déboucha enfin dans une salle immense et de plafond très haut, manifestement creusée dans la roche malgré ses murs carrelés, et qui tenait autant de la gare que d’une très grande station de métro : de nombreuses voies aux rails polis s’engouffraient dans des tunnels divergents, qui renvoyaient l’écho de lointaines rumeurs de trafic, dans la senteur âcre des mécaniques huilées.
Une rame à l’arrêt s’emplissait de passagers lorsque Sylvain, qui n’avait encore été l’objet d’aucun regard, se hissa prestement sur le quai, se redressa vivement sans être vu, puis accorda son pas sur la démarche ordinaire d’un flâneur. Une nouvelle rame achevait sa course, et les portes automatiques déversèrent sur le quai une foule qui, curieusement, s’y attardait, conversant par petits groupes.
Il s’approcha d’eux sans être remarqué.

Atteignant un groupe de quatre personnes, il se hasarda à questionner mais, sans lui répondre, on ne tourna même pas la tête vers lui. On eût dit que ces gens le méprisaient tout à fait ; il haussa le ton pour se faire entendre auprès d’un autre groupe, des jeunes dont les figures lui parurent avenantes - sans plus de succès.
Se mêlant à ces êtres à l’incorrection sans bornes, il se vit un moment déambuler parmi le flot des manchots d’Antarctique, sans y provoquer d’affolement ; à la réflexion, il se crut invisible à leurs yeux ; voulant s’en assurer, il osa frapper l’épaule de l’un d’entre eux et, terrifié de ne ressentir aucun contact sous sa main, qui poursuivait sa trajectoire et pénétrait son corps, il s’écarta sans délai, les tempes bouillonnantes d’un afflux de frayeur.
Il se retira sur un banc, à l’écart, dans une attitude de prostration réflexive : ignoré de ces créatures, allait-il divaguer sans fin parmi elles comme dans un désert – et mourir de faim et de soif  au cœur de la foule ? C’est brisé d’émotion qu’il s’assoupit, malgré l’inconfort du banc de pierre.

Il fut tiré de sa somnolence par une voix féminine, calme et douce :
-    Vous êtes blessé… souffrez-vous ?...avez-vous besoin d’aide ?
-    Euh, oui, bonjour, ça ... ça n’est pas très grave, merci – fit-il instinctivement.
Un de ces êtres le percevait ! - sous les traits d’une jeune fille aux grands yeux verts, penchant sur lui de longs cheveux dorés, et qui, voyant son pantalon déchiré, lui proposait de le conduire chez elle, afin de soigner ses blessures.
Ne sachant que conclure quant aux particularités de ces êtres, qui avaient pourtant tout de l’humain, heureux qu’on lui vienne en aide dans sa détresse et n’ayant d’autre choix, il acquiesça, et se laissa entraîner vers les portes ouvertes d’une nouvelle rame stationnée. Sylvain se laissa tomber sur le fauteuil, serrant les dents en repliant son genou droit contre le dossier. – Est-ce que tous le voyaient et l’entendaient désormais, ou bien seule cette jeune fille le pouvait-elle ? – il ne pouvait la questionner sous peine de trahir ses origines.
-    Je m’appelle Pauline, et je vis rue du Songe Clair, et vous ?
Pris de panique, Sylvain trouva une demi-vérité, déguisée d’une perte de mémoire à l’issue d’une chute idiote sur la voie : il ne savait plus retourner chez lui, acceptait volontiers l’aide de Pauline et l’en remerciait.
Sylvain conservait un espoir désormais affaibli de voir déboucher au grand jour cet attelage de trois voitures, rapide et confortable, qui devait en outre être gratuit : nul mode de paiement ne paraissait. Ils en descendirent sans encombre – et sans voir le jour - puis s’engagèrent dans une large rue souterraine vouée au commerce, et si ce n’eût été l’éclairage artificiel et le plafond bétonné omniprésent, on se serait cru dans une ville quelconque à la nuit tombée, ou bien dans quelque galerie marchande couverte, car on ne voyait circuler que des piétons. Ils parvinrent à un carrefour, où pendait en son centre une espèce de très grand lampadaire de métal et de verre, mariant des formes ovoïdes et ventrues à d’autres plus linéaires, et d’où émanait un agréable éclairage diffus ; ils prirent ensuite à droite vers un carrefour identique, arborant un autre lampadaire aux formes plus aériennes, que Pauline déclarait préférer au précédent, puis à nouveau à droite, et s’engagèrent dans une rue plus étroite, percée de chaque côté d’un nombre incalculable de fenêtres et de portes vitrées identiques, toutes tendues de rideaux de différentes couleurs. Un petit nombre de piétons circulait calmement sur les trottoirs, ne prenant aucune attention à lui ; Sylvain, à demi-rassuré, demeurait cependant muet d’étonnement. Ils firent quelques centaines de mètres dans cette rue, qui lui parut interminable.

-    Nous y voici, dit Pauline, j’habite au 97.
Elle fit jouer la poignée de la porte vitrée, qu’elle repoussa en lâchant un bonsoir à sa mère qui, attablée, triait des légumes ; elle était entourée par deux garnements occupés, eux, à se disputer bruyamment un curieux jouet aux nombreuses roues. Pauline présenta Sylvain à sa mère ; ce dernier, courtois mais craignant toujours l’impair, demeurait crispé devant cette femme, souriante et bien en chair, à l’allure pourtant débonnaire, et qui écoutait attentivement ses explications, sans lui poser de questions. Il se détendit un peu pendant que Mme Charlet - tel était le nom que Sylvain avait remarqué sur la porte -, tout comme l’eût fait sa propre mère, pansait ses plaies, sans paraître afficher de soupçons qu’il fût d’un autre monde.
Confondu en remerciements et craignant de prolonger l’entretien, Sylvain voulut se retirer, mais la mère comme la fille ne lui en laissèrent rien faire : le chef de famille dînant ailleurs, on le retenait – on avait bien assez à manger ! Mieux, Pauline, arguant de ce choc à la tête dont il avait fait état, déclarait vouloir le retenir pour la nuit, échangeant avec sa mère un regard entendu que Sylvain ne comprit pas. Cette dernière, acquiesçant, ajouta que le médecin serait appelé dès le lendemain, selon l’état du garçon, qui n’avait pour ce soir nullement le choix, la santé primant toute chose !
Sylvain se laissa faire violence, on se montrait si aimable, d’autant qu’il ne pouvait déjà plus se soustraire au sourire doux et aux yeux charmeurs de Pauline.

Il dut ainsi, sans plus de refus, s’attabler à la place vacante, en bout de table entre elles deux ; les gamins, soudainement calmés par la perspective du repas, accoururent et se disposèrent le plus petit près de la mère, l’ainé près de sa sœur. Tous deux braquaient leur regard sur Sylvain ; ce dernier crut bon de leur lancer quelques gamineries, comme il le faisait auprès de ses petits cousins avec succès, mais qui les laissèrent plutôt froids.

On lui présenta une omelette et des légumes en sauce qui, d’un goût inconnu, le ravirent, et qu’il vanta d’une phrase prudente, comme s’il les eût toujours connus. Se prenant à craindre l’apparition de mots ignorés de lui dans la conversation, il mangeait lentement et parlait peu.
A l’issue du repas, et les enfants couchés non sans difficulté, on lui servit une infusion qu’elles nommaient thé – mais il vit bien que cela n’en était pas.
Les soirées en ce monde étrange, autant privé de radio que de télévision, devaient se dérouler de la manière ancienne que lui avait contée sa propre mère : on parlait, lisait, cousait, s’occupait du ménage ou jouait aux cartes et Sylvain, qui cherchait à échapper au discours croisé des deux femmes, auquel son mensonge ne résisterait probablement pas, se vit offrir par Pauline, qui déjà le tutoyait, la sortie désirée :
- Tu as eu une journée éprouvante et je te vois fatigué Sylvain, je vais préparer ton lit, et elle fut tirer une cloison amovible au fond de la pièce, qui masqua le grand canapé où elle s’affaira un moment.
Sylvain eut à peine le temps d’acquiescer, qu’elle retournait et le conduisait s’étendre, l’aidant à allonger sa jambe droite endolorie, et, brisé d’émotions comme de lassitude, il s’endormit rapidement.

A l’extérieur, l’éclairage que l’on avait réduit annonçait la pleine nuit, et l’on vit Mr. Charlet se glisser chez lui, animé du geste imprécis des retours de soirées chaleureuses, celles où l’on a célébré Bacchus.
Sylvain dormait lorsqu’il ressentit un corps se glisser doucement contre lui, sous la couverture ; dans son demi-sommeil il sentait une tendre chaleur l’envahir : Pauline l’avait rejoint, et déjà lui imposait silence, le bâillonnant de ses lèvres. L’effet de surprise passé et ressaisi, Sylvain eut, pour un blessé, la plus belle nuit d’amour de sa jeune vie, et c’est confondu de plaisir, ivre de bonheur, qu’il enlaçait encore Pauline au petit matin, lorsque celle-ci se retira, d’un ultime baiser.
Sylvain, qui désormais ne tourmentait plus inutilement son esprit, laissait les évènements, qui semblaient bien se précipiter en un heureux dénouement, venir à lui...

On se retrouva au grand complet pour le petit déjeuner, après que le père de Pauline eut chaleureusement salué le blessé, et pris de ses nouvelles : celui-ci se portait plutôt bien - et ne nécessitait aucune médecine. Cet homme, mince et tout en grandeur, calme et d’un abord sympathique, se montra discret - pourtant Sylvain ne doutait pas qu’il fût au fait des évènements de la nuit.
Tout en croquant ses tartines d’un pain au curieux grain, il se sentait rougir au moindre des regards qu’on lui adressait. A l’issue du petit-déjeuner, Pauline proposa d’emmener Sylvain à travers la ville sans but précis, arguant pour ce dernier de quelque choc apte à lui remémorer son passé ; en son for-intérieur, elle savait déjà qu’il n’était pas des leurs – mais elle était résolue à le taire.

Pauline l’emmenait à travers la ville, lui montrant boutiques et bazars, puis la zone de l’industrie, celle des cultures à la lumière artificielle sous de vastes serres chauffées, celle des fermes d’élevage, des stations de pompage, de recyclage et de réinjection sous le lit du torrent, poussée par la pointe de fierté de celle qui montre son chez-soi.
Son esprit fut parcouru par l’envie de tout dire à Sylvain : comment on vivait vraiment ici ; comment, tous venus de l’humanité, la race encore purement humaine dont elle était issue subissait, à chaque naissance nouvelle, des mutations irréversibles vers une race obéissante, au seul pouvoir de raisonnement lié au labeur, nécessaire à l’enrichissement sans limite et aux plaisirs d’une race dominante, demeurée, elle, exactement à l’image de l’homme, comme Sylvain, comme elle-même et ses parents ; comment on les surveillait d’une façon impossible à appréhender, et comment disparaissaient, sans laisser de traces, les réfractaires...Mais, toute à sa passion nouvelle pour Sylvain, certaine de voir en lui un humain du soleil, elle n’en eut pas le cœur.

Ce dernier, qui ne se montrait curieux que d’elle-même, trouvait un monde galactique et suffisant à ses grands yeux d’émeraude où, découvrant des étoiles nouvelles, il se baignait avec délices. Elle lui rendait ses regards qui la troublaient tout autant et, sans qu’ils eussent échangé une parole, elle dut réprimer en elle une montée de désirs d’une force inconnue. Désemparée et serrant plus fort son bras, des larmes de bonheur emplissaient ses yeux, et perlaient à ses longs cils bruns comme une nuée de diamants. Toujours silencieux, Sylvain la serra plus fort à son tour - L’heure n’était plus à la visite ni à de graves considérations, ils avançaient sans but, la démarche perturbée d’un bras soudain resserré, d’une main refermée plus fort, d’un regard partagé qui manquait les jeter à terre d’une irrégularité du sol.

Ils approchaient du cinéma, fermé à cette heure, mais dont l’éclairage de veille projetait sur le sol grisâtre l’image des grilles tirées, comme si quelque foule rageuse les eût jetées à terre sur son passage, lorsque Sylvain ressentit une vibration lente sous le pied, transmise par le sol bétonné de la rue. Il n’en dit rien à Pauline, et ils passaient devant la bibliothèque lorsqu’une faible rumeur, qui semblait s’animer dans leur dos, les fit se retourner de concert. Cela allait s’amplifiant, porté par les parois de la galerie qui l’entachaient d’un écho caverneux.
Il y eut de brèves fluctuations de l’éclairage, inquiétants prémices de coupure générale. Ses yeux parcourus d’une lueur d’angoisse et figés sur le fond du couloir, Pauline prit la main de Sylvain, qui la serra fermement. Cela devenait maintenant une clameur grandissante : on criait et l’on courait :- on fuyait - la nature des cris où perçait la panique ne laissait plus de doute.
Les premiers apparurent, débouchant de la rue de la Gare, hébétés, désarticulés dans leur course. Certains chutaient, impitoyablement foulés par la multitude grandissante, qui se répandait sur toute la largeur du couloir, les visages déformés de terreur ; les cris, qui maintenant s’atténuaient d’épuisement, laissaient place à un assourdissant martèlement de pas, amplifié par la voûte de béton - et derrière les fuyards paraissait le flot déferlant d’une inondation !

Le front écumeux des eaux, couvert de débris, grandissait, projetant dans une clameur effroyable des dizaines de personnes, impuissantes à se dégager, contre les échafaudages de l’opéra en travaux, qui cédèrent par le bas, puis basculèrent lentement, brisés et entraînés par les eaux comme une simple pelote d’épingles ; de temps à autre des tubes émergés s’élevaient contre les murs, qu’ils griffaient en un terrible crissement, puis disparaissaient à nouveau, dans des gerbes retentissantes, sous une écume brunâtre dont les flocons se dispersaient, ou se réunissaient en îlots flottants qui dansaient à la surface, s’accolant parfois aux corps des noyés.

Ils couraient déjà de toutes leurs jambes, et Sylvain, de tout son cœur et de toute son énergie, tirait Pauline par la main.
Le flot qui grondait derrière eux décuplait leurs forces, insuffisantes pourtant : ils furent rejoints et projetés au sol, devenu déjà le lit d’un fleuve grandissant. Ils purent émerger, toujours liés d’une main fragile ; la chevelure de Pauline était teintée de pourpre. C’est alors que, de leur côté le mur présenta, approchant à une vitesse folle, un escalier de métal, accès de secours aux étages supérieurs : Sylvain put en agripper la rambarde et parvint à hisser Pauline, affaiblie et blessée ; ils gravirent quelques marches, soustraits au flot qui ne cessait de monter, et Sylvain manœuvrait déjà la lourde trappe d’acier de ses épaules arc-boutées, lorsqu’un brusque jaillissement  emporta Pauline, sous ses cris déchirants rapidement étouffés par les eaux, d’où seule émergeait en vain sa main tendue.
Penché à la rambarde, Sylvain, impuissant, la vit disparaître alors que, déjà menacé lui-même, il franchissait la trappe, se croyant sauvé dans cette galerie où l’on tenait à peine debout : il n’eut le temps de songer à Pauline ni de pleurer, que déjà les eaux envahissaient le boyau et l’emportaient à son tour comme un pantin désarticulé, se heurtant aux parois d’où dépassaient, par places, des tuyauteries. Toujours chassé par les eaux, le boyau en rejoignit un plus vaste, exhalant des senteurs d’égout ; il vit approcher la lumière à une vitesse folle, et dans l’éblouissement de ses yeux face au soleil, une plongée dans le vide, suivie de l’immersion brutale dans une eau en mouvement, le contraignit à nager de toutes ses forces, respiration bloquée, pour sa survie. Son genou droit heurtait un rocher auquel, émergeant enfin sa tête, il tenta de se coller, et malgré le bouillonnement des eaux il put saisir la branche d’un pin abattu, qui barrait partiellement le torrent. Il se hissa en rampant sur la rive, ensanglanté, vomissant une eau trouble.

Longtemps effondré, il finit par trouver la force de s’asseoir et reconnut les lieux familiers, les pins, les bouleaux, et la cascade - grondante et boueuse - habituellement si douce et cristalline, où ils pêchaient parfois, avec son père. Le rivage encombré de branchage et d’écume, l’herbe souillée de vase et le niveau encore élevé des eaux marquaient la fin d’une importante crue. Frissonnant sous ses vêtements mouillés, Sylvain rassembla ses idées, revit en un éclair la main crispée de Pauline disparaître sous les eaux, et ne retint plus de longs sanglots.

Le soleil de ce bel été se montrait au zénith lorsque Sylvain, mouillé, ensanglanté, les vêtements déchirés, parut à la réception de l’hôtel, où deux gendarmes, qui questionnaient la réceptionniste, l’apercevant, vinrent brutalement à lui.
Une fois ses parents alertés et les effusions des retrouvailles terminées, on le harcela de questions ; et c’est en adulte qu’il ne révéla rien de ce qu’il avait vu et enduré, ne faisant état que d’une chute terrible et du torrent en crue, pont emporté, intraversable, se réservant pour lui seul le souvenir de ce qu’il vécut sous le rocher, et qu’il ranimerait toujours, au long de ses futures nuits d’insomnie.

Les vacances s’achevaient dès le surlendemain et, tandis que l’auto s’éloignait de Buchigarat, son front, au rythme des vibrations de la route mal carrossée, martelait la vitre mouillée de ses larmes.
Et Sylvain adressait un regard vengeur au rocher.








FIN de la 1ère partie


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Toute ressemblance avec des lieux et un rocher connu pour ses manifestations surnaturelles est intentionnelle.

JCP, Janvier 2011 – décembre 2011


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